Montessori et le Père Noël : ce qu’elle a vraiment écrit

Maria Montessori était-elle contre le Père Noël ? La phrase circule partout en décembre. Nous avons relu ses textes d'origine pour démêler le vrai du faux, et voir comment s'en inspirer avec un tout-petit.

⭐ La réponse en bref
Pas tout à fait. En 1915 et 1916, Maria Montessori critique l’idée qu’on développerait l’imagination des enfants en leur faisant croire à des personnages fantastiques, comme la Befana italienne ou le vieil homme couvert de neige des pays anglo-saxons : selon elle, les enfants « croient, ils n’imaginent pas ». Mais le nom « Père Noël » n’apparaît pas dans les textes que nous avons lus, et quand elle évoque les cadeaux de la Befana, elle écrit « peut-être ». Ce qui revient dans ses textes, c’est le souci de la vérité et de la sincérité envers l’enfant.

« Maria Montessori était opposée au mythe du Père Noël » : la phrase circule partout en décembre, jusque dans les résumés automatiques des moteurs de recherche. Nous avons relu ses textes, dans leurs éditions d’époque, pour voir ce qu’elle a vraiment écrit. Montessori et le Père Noël : la réponse est plus nuancée, et beaucoup plus intéressante, qu’un simple « pour » ou « contre ».

Ce qu’on lit partout, et ce que disent ses textes

Les résumés qui circulent lui prêtent plusieurs idées : les jeunes enfants ne distingueraient pas encore le réel de l’imaginaire, faire croire au Père Noël reviendrait à abuser de leur confiance, ce seraient les adultes qui imaginent à leur place, et Noël devrait être centré sur son sens spirituel ou sur des traditions réelles comme la Saint-Nicolas du 6 décembre. Nous avons vérifié chacune de ces affirmations.

Ce qu’on lit Ce qu’on trouve dans ses textes
Faire croire à des personnages fantastiques ne développe pas l’imagination Oui, écrit noir sur blanc en 1915 et 1916
« Ils croient, ils n’imaginent pas » Oui, presque mot pour mot
Les jeunes enfants ne distinguent pas encore le vrai du faux Elle décrit la crédulité comme le propre d’un esprit encore immature, mais sans donner d’âge
Faire croire, c’est tromper l’enfant Elle pose la question avec prudence, à propos de la Befana, et raconte deux réactions d’enfants très différentes
Le Père Noël Pas sous ce nom dans les textes que nous avons lus : elle parle de la Befana et d’un vieil homme couvert de neige
Le sens spirituel de Noël Elle oppose le mythe, appelé à disparaître, et la foi
La Saint-Nicolas du 6 décembre Introuvable dans les textes consultés

1915 : « ils croient, ils n’imaginent pas »

Le 2 novembre 1915, Maria Montessori publie à Londres, dans le Times Educational Supplement, une tribune intitulée « The Imagination in Childhood » (L’imagination dans l’enfance). On retrouve cette réflexion dans son livre L’autoeducazione (1916), publié en anglais en 1917, au chapitre consacré à l’imagination.

Elle constate que les adultes croient développer l’imagination des enfants en leur faisant accepter des choses fantastiques comme réelles, et elle donne deux exemples tirés de Noël :

« Dans les pays latins, Noël est personnifié par une femme laide, la Befana, qui passe à travers les murs et descend par les cheminées, apportant des jouets aux enfants sages et seulement des morceaux de charbon aux enfants pas sages. Dans les pays anglo-saxons, en revanche, Noël est un vieil homme couvert de neige qui porte un énorme panier rempli de jouets pour les enfants, et qui entre vraiment dans leurs maisons la nuit. »

Puis elle pose sa question :

« Mais comment l’imagination des enfants pourrait-elle se développer grâce à ce qui est, au contraire, le fruit de notre imagination à nous ? C’est nous qui imaginons, pas eux ; eux croient, ils n’imaginent pas. »

Pour elle, la crédulité n’a rien d’une qualité à cultiver. Elle la décrit comme le propre d’un esprit encore immature, qui manque d’expérience et ne sait pas encore distinguer « le vrai du faux, le beau du laid, le possible de l’impossible ». D’où cette autre question, souvent citée en raccourci sur internet :

« Est-ce donc la crédulité que nous voulons développer chez nos enfants, simplement parce qu’ils se montrent crédules à un âge où ils sont naturellement ignorants et immatures ? »

Citations traduites par nos soins de l’édition anglaise de 1917, Spontaneous Activity in Education, chapitre IX, consultable librement sur le Projet Gutenberg.

« C’est nous que la fête amuse »

Dans le même chapitre, Montessori retourne la situation : ce sont surtout les adultes qui profitent de la crédulité des enfants. « En somme, c’est nous que les fêtes de Noël et la crédulité de l’enfant amusent », écrit-elle, avant d’imaginer cette confidence d’adulte : « Si la crédulité des enfants venait à cesser, un grand plaisir serait retiré de nos vies. »

Elle remarque aussi que le jour où l’on apprend qu’un enfant « ne croit plus aux contes de fées », on s’en réjouit et l’on dit : « Ce n’est plus un bébé. » Pour elle, cette étape est normale et attendue. Mais elle invite les parents à se demander ce qu’ils ont fait, eux, pour l’aider à grandir.

Une mère, un aveu et un éclat de rire

Dans un autre livre, Il bambino in famiglia (L’enfant dans la famille), Montessori aborde la question sous l’angle de la sincérité. Elle vient de raconter l’histoire d’une petite fille bouleversée d’entendre sa mère s’inventer un mal de tête au téléphone pour décliner une invitation : « Maman a dit un mensonge ! » Puis elle écrit :

« Souvent, les adultes qui s’efforcent d’éveiller chez l’enfant la sincérité l’entourent ensuite de faussetés qui ne peuvent même pas être rangées parmi les “mensonges conventionnels”, mais qui sont réfléchies et n’ont d’autre but que de tromper l’enfant. Peut-être devrions-nous considérer sous cet angle les petites histoires que l’on raconte aux tout-petits sur la Befana qui apporte les cadeaux. »

Le « peut-être » compte : Montessori ne donne pas d’ordre, elle invite à réfléchir. Et les deux histoires qu’elle raconte ensuite montrent que chaque enfant réagit à sa façon.

  • Une mère, qui vivait mal ce mensonge, finit par avouer la vérité à sa fille. La petite est si déçue d’avoir été trompée qu’elle reste triste toute une semaine.
  • Une autre mère fait le même aveu à son fils, qui éclate de rire : « Oh maman ! Je le savais depuis longtemps, que la Befana n’existe pas ! » S’il n’avait rien dit, c’est parce qu’il voyait que cela faisait tant plaisir à sa maman.

Sa conclusion est pleine de tendresse : souvent, les rôles s’inversent. Les enfants, ces « observateurs très fins », ont pitié de leurs parents et jouent le jeu pour leur faire plaisir.

Traduit par nos soins de l’édition italienne (Garzanti, 1957, p. 103-104), consultable sur Internet Archive.

Une maman lit un livre de Noël à son enfant blotti contre elle sous un plaid, devant le sapin illuminé
Lire une histoire de Noël ensemble, en la présentant comme une histoire. (image d’illustration générée par IA)

Et le Père Noël, dans tout ça ?

Sur Montessori et le Père Noël, un point surprend : dans les textes que nous avons pu lire en entier, elle ne nomme jamais le Père Noël. Dans l’original italien de L’enfant dans la famille, c’est de la Befana qu’elle parle. L’édition anglaise de ce livre, elle, raconte la même scène avec Santa Claus, le Père Noël des Anglo-Saxons.

Quant à la Saint-Nicolas du 6 décembre, parfois présentée comme l’alternative qu’elle aurait proposée, nous ne l’avons trouvée dans aucun des textes consultés pour cet article. Nous ne la lui attribuons donc pas.

Le sens de Noël : le mythe et la foi

Montessori a aussi écrit sur la religion, avec des livres comme La Santa Messa spiegata ai bambini (la messe expliquée aux enfants). Dans sa tribune de 1915, elle répond à ceux qui pensent que les contes merveilleux préparent l’âme de l’enfant à la religion. Pour elle, le mythe et la foi sont aux antipodes : le mythe doit cesser d’être réel dès que l’esprit de l’enfant mûrit, alors que la foi accompagne l’homme jusqu’à la fin de sa vie.

Un débat ouvert dès 1915

Sa tribune n’est pas passée inaperçue. Dans le même journal, le 7 décembre 1915, la pédagogue britannique Charlotte Mason lui répond. Elle juge l’argument difficile à suivre et défend au contraire la place de l’imagination chez l’enfant : à ses yeux, c’est même un point sur lequel les adultes auraient à apprendre des enfants. Sa réponse a été reprise en 1916 dans la revue Parents’ Review.

Aujourd’hui encore, les éducateurs montessoriens ne sont pas unanimes. Interrogée en 2019 par le site italien Nostrofiglio, Elide Taviani, formatrice de l’Opera Nazionale Montessori, l’organisme fondé par Maria Montessori elle-même, explique qu’il n’y a pas de position unique : certaines écoles Montessori italiennes font la crèche, d’autres fêtent l’arrivée du Père Noël.

Concrètement, comment faire avec un tout-petit ?

Montessori ne donne pas de mode d’emploi pour le soir du 24 décembre. Mais ses textes et les conseils d’Elide Taviani dessinent quelques repères, si tu veux t’en inspirer :

  • Partir du réel. « Il y a tellement de choses vraies à découvrir qu’il n’est pas nécessaire d’en ajouter », surtout dans les premières années, quand les enfants apprennent en absorbant tout ce qu’ils vivent.
  • Si tu racontes le Père Noël, reste sobre. Elle suggère d’éviter les rennes volants et le passage par la cheminée, dont l’enfant ne trouvera jamais la trace. « Pour un enfant, les oiseaux et les avions sont déjà extraordinaires. »
  • Ne pas tromper l’enfant sur ce qui le concerne. Pour elle, la confiance se joue surtout là : ne pas dire que tout va bien quand il y a un souci à la maison, par exemple.
  • Faire de Noël une fête à hauteur d’enfant : respecter son rythme, éviter la course aux cadeaux, et revenir au cœur de la fête. Pour la formatrice, Noël est une célébration de la naissance, de la vie et de la joie d’avoir des enfants avec nous : on y fête la naissance de Jésus et, pour qui n’est pas croyant, ce peut être simplement l’occasion de fêter tous les enfants qui naissent.
  • Et le jour où il découvre la vérité, souviens-toi du petit garçon de Montessori : il savait depuis longtemps, et il jouait le jeu par amour.
💡 L’astuce de Maya
Le calendrier de l’Avent est une jolie façon de vivre l’attente de Noël avec des choses vraies : une histoire, un geste, une tradition par jour. Avec un tout-petit, un petit rituel du soir suffit : on ouvre une case, on lit, on regarde ensemble.

Deux livres pour attendre Noël en famille

Si tu cherches des histoires pour accompagner décembre, voici deux livres de la série Balthazar, chez Hatier Jeunesse :

  • Balthazar prépare Noël, de Marie-Hélène Place, illustré par Caroline Fontaine-Riquier : un calendrier de l’Avent avec 24 mini-livres à lire en famille. Jour après jour, Balthazar et Pépin décorent la maison, lisent des histoires, cuisinent et se posent plein de questions sur les traditions de Noël. Voir le calendrier sur Amazon →
  • Le Noël de Balthazar, sous-titré « pédagogie Montessori », de Marie-Hélène Place et Emma Kelly, illustré par Caroline Fontaine-Riquier : la veille de Noël, Balthazar veut offrir un cadeau à Pépin, mais ses poches sont vides, et Monsieur Merlin et son magasin enchanté vont l’aider. Un conte sur le plaisir de donner. Bon à savoir : l’histoire fait place au merveilleux. Pour rester dans l’esprit de Montessori, tu peux simplement la présenter comme ce qu’elle est, une histoire. Voir le livre sur Amazon →

Et pour les cadeaux, nos idées de cadeau de Noël pour bébé et nos conseils pour stimuler l’éveil de bébé au quotidien t’aideront à choisir. C’est aussi le bon moment pour créer ta liste de naissance : gratuite, sans compte, avec des cadeaux de toutes les boutiques.

Questions fréquentes

Maria Montessori était-elle contre le Père Noël ?

Elle critiquait l’idée de développer l’imagination des enfants en leur faisant croire à des personnages fantastiques, comme la Befana des pays latins ou le vieil homme couvert de neige des pays anglo-saxons : selon elle, les enfants « croient, ils n’imaginent pas ». Mais le nom « Père Noël » n’apparaît pas dans les textes que nous avons lus, et elle aborde la question avec prudence, en invitant les parents à réfléchir plutôt qu’en interdisant.

Où Montessori a-t-elle écrit « ils croient, ils n’imaginent pas » ?

Dans sa tribune « The Imagination in Childhood », publiée le 2 novembre 1915 dans le Times Educational Supplement, puis dans le chapitre consacré à l’imagination de son livre L’autoeducazione, publié en anglais en 1917.

Montessori conseillait-elle de fêter la Saint-Nicolas à la place ?

Nous n’avons trouvé aucune mention de la Saint-Nicolas dans les textes de Montessori consultés pour cet article. Cette idée, qui circule en ligne, ne peut donc pas lui être attribuée sans source.

Les écoles Montessori fêtent-elles Noël ?

Il n’y a pas de règle unique. Selon une formatrice de l’Opera Nazionale Montessori, certaines écoles Montessori italiennes font la crèche, d’autres fêtent l’arrivée du Père Noël.

Que faire si mon enfant découvre que le Père Noël n’existe pas ?

Chaque enfant réagit à sa façon. Montessori raconte l’histoire d’une petite fille restée triste toute une semaine, et celle d’un petit garçon qui le savait depuis longtemps et jouait le jeu pour faire plaisir à sa mère. Ce qui compte le plus, c’est de rester sincère avec lui.

Et chez toi, le Père Noël passera-t-il ?
Que tu aies choisi de raconter le Père Noël ou non, ton expérience aidera les autres parents qui se posent la question. Raconte-nous dans les commentaires, juste en dessous.

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